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L'alimentation pendant et après un cancer

L'alimentation pendant et après un cancer

26.03.19

L’alimentation d’une personne atteinte d’un cancer, en cours de traitement, ou convalescente, doit nécessairement être adaptée et rester, autant que possible, une source de plaisir. La maladie en elle-même, mais aussi les effets secondaires des traitements, auront une incidence sur l’alimentation et l’état nutritionnel du malade.

Comment adapter l'alimentation du patient atteint d'un cancer ?

L’alimentation du patient atteint d’un cancer, pendant et après les traitements anticancéreux, doit être la plus équilibrée et agréable possible. La maladie en elle-même et les effets secondaires des traitements nécessitent une adaptation de l’alimentation afin de conserver le meilleur état nutritionnel possible et de maintenir une alimentation plaisante.

L’alimentation d’une personne atteinte d’un cancer doit parfois être adaptée, pendant et après les traitements. La maladie et son degré d’évolution, la perte d’appétit, les effets secondaires des traitements et l’état psychologique du patient auront des répercutions sur son état nutritionnel. Le malade et son entourage doivent veiller à la qualité des repas, en termes d’apports nutritionnels et de plaisirs alimentaires, et à une bonne hydratation. Le poids doit être surveillé régulièrement, surtout s’il y a un soupçon d’amaigrissement.

L’alimentation du patient doit demeurer la plus équilibrée possible , autant qu’il se peut, en fonction de ce qu’il accepte et arrive à consommer. Tous les nutriments  lui sont indispensables : protides, lipides, glucides, vitamines, minéraux, fibres, ainsi que la consommation de 1,5 à 2 litres d’eau par jour. Il est donc important de consommer des aliments issus de chaque famille : des féculents, des fruits et des légumes, des produits laitiers, de la viande ou du poisson ou des œufs, des matières grasses, en privilégiant les graisses de bonne qualité nutritionnelle, et quelques produits sucrés (mais pas trop) pour le plaisir et le réconfort.

Il est important de veiller aux apports en protéines, d’autant qu’on constate que la personne atteinte d’un cancer montre souvent, à un moment donné, un dégoût de la viande. De plus, certaines viandes, un peu dures à manger, demandent un effort supplémentaire lors de la mastication que l’état de fatigue du malade ne permet pas toujours. Dans ce cas, il faut chercher les protéines dans d’autres aliments tels que le poisson, les œufs, certains légumes secs et céréales ; ou consommer des viandes mieux acceptées, très tendres ou hachées.

Les compléments alimentaires sont consommés seulement en cas de déficiences, de carences, et sous le contrôle d’un médecin, d’un nutritionniste ou d’un diététicien. Ce point est évoqué en détail dans le troisième chapitre qui traite de la perte de poids et la dénutrition. 

Voici quelques conseils destinés à la personne malade, traitée ou convalescente, et à son entourage, afin de bien manger et de maintenir une alimentation plaisante ; ce sont des conseils généraux qui peuvent être suivis dans le cadre d’une alimentation équilibrée.

  • Faire au moins trois repas par jour ; penser aux collations qui permettent de compléter les apports nutritionnels tout en maintenant des repas de petit volume lorsque le malade a un petit appétit.
  • Varier son alimentation, éviter de manger toujours la même chose pour ne pas développer de carences, et faire en sorte que les repas ne soient pas monotones.
  • Manger lentement, au calme, et en mâchant bien les aliments. 
  • S’accorder au minimum vingt minutes pour consommer le repas. 
  • La consommation de matière grasse conseillée est d’environ 10g par repas soit l’équivalent d’un beurre en portion individuelle ou d’une cuillère à soupe d’huile. Les graisses crues ou fondues sont de meilleure qualité nutritionnelle que les graisses cuites. Les graisses végétales sont plus intéressantes que les graisses animales (sources d’acides gras saturés). Les huiles riches en oméga 3 ont un effet antioxydant important pour lutter contre le cancer (huile et graines de lin, huile de colza, huile de poisson gras). Attention enfin à certains aliments qui contiennent des graisses cachées en grande quantité (fonds de tarte, produits de biscuiterie, viennoiseries, etc.)
  • Ne pas consommer trop de produits sucrés, et se méfier de certains produits qui contiennent du sucre caché en grande quantité (céréales du petit déjeuner, gâteaux, etc.). Les édulcorants ne sont pas non plus conseillés. Une alternative intéressante est le sirop d’agave voire le miel.
  • S’hydrater suffisamment pendant la journée en buvant de l’eau et/ou des boissons chaudes.

Comment adapter son alimentation aux traitements anticancéreux ?

La pathologie en elle-même et certains traitements modifient l’appétit, la capacité à manger normalement et à assimiler les nutriments, ainsi que l’état nutritionnel du patient. Il est donc nécessaire d’adapter son alimentation à son état et à ses traitements.

La radiothérapie a des conséquences sur la capacité à manger et sur le transit intestinal :

  • Pendant le traitement, elle entraîne un état de fatigue. Il est intéressant alors de fractionner les repas parce que l’acte de manger en lui-même occasionne une fatigue supplémentaire. En fin de journée, le malade aura des apports alimentaires plus intéressants s’il mange des petites quantités sur trois repas et une à deux collations (par exemple à 10 h et au goûter). Il est important aussi de s’octroyer des moments de repos en dehors des nuits ; 
  • Les effets secondaires, en radiothérapie, peuvent varier en fonction de la zone du corps traitée :
  • Au niveau du bassin, cela peut entraîner des troubles urinaires et des épisodes de diarrhée. Une alimentation antidiarrhéique consiste à supprimer les aliments riches en fibres et éviter les aliments qui contiennent trop de lactose comme le lait. Le lactose est un accélérateur de transit. Le médecin peut aussi prescrire un traitement antidiarrhéique ;
  • Au niveau de l’abdomen, l’estomac et l’intestin peuvent être altérés par les rayons. Des nausées, des vomissements peuvent apparaître. Dans ce cas, il faut éviter de manger quelques heures avant et après les séances de radiothérapie. Éviter les aliments trop gras et/ou trop sucrés qui peuvent écoeurer ; privilégier les aliments sans odeurs fortes. Le médecin peut prescrire un traitement antinauséeux ;
  • Au niveau de la bouche, du cou et du thorax, la radiothérapie peut provoquer des difficultés à avaler, à déglutir. La production de salive diminue, et on note aussi une baisse de l’appétit. Il vaut mieux éviter les aliments acides, l’alcool et le tabac. On peut favoriser le processus de salivation en mâchant du chewing-gum (avec accord du spécialiste). Le manque de salive peut perdurer après le traitement ; boire de l’eau et mâcher du chewing-gum peut aider. Le médecin peut prescrire des bains de bouche adaptés, de la salive artificielle, et des traitements symptomatiques pour des problèmes au niveau de l’œsophage et l’estomac.

En chimiothérapie, les effets secondaires varient en fonction des médicaments, des doses et des associations de médicaments :

  • La baisse des {{globules blancs}} réduit la capacité du malade à combattre les infections. Lorsque l’on mange, on introduit des aliments à l’intérieur de notre organisme, avec tout ce qu’ils transportent. Il faut donc veiller à la qualité sanitaire des aliments et des boissons consommés. Il est encore plus important que d’ordinaire de se laver les mains avant la préparation et la prise des repas ; bien laver tous les fruits et légumes ; laver les couvercles des conserves avant ouverture ; respecter rigoureusement les dates limites de consommation (DLC) ; ne pas consommer un aliment qui paraît douteux ; être vigilant avec les produits décongelés. Toutes ces consignes doivent faire partie du quotidien de tout consommateur, mais compte tenu des risques, il est encore plus important d’être vigilant ; 
  • La baisse des {{globules rouges}} entraîne fatigue et essoufflement. Le malade peut alors fractionner ses repas afin de ne pas occasionner de fatigue supplémentaire, et aménager des moments de repos ;
  • Des troubles digestifs peuvent apparaître : nausées, vomissement, constipations passagères, diarrhées. Dans certains cas, des traitements préventifs efficaces peuvent être prescrits pour le jour de la chimiothérapie et les quelques jours qui suivent. Il faut aussi adapter l’alimentation. En cas de nausées et vomissements, penser à consommer des repas légers ; éviter les aliments épicés, les fritures, les aliments à odeur forte et manger lentement. S’il y a un dégoût pour certaines saveurs, il faut compenser par d’autres aliments qui appartiennent à la même famille, dans le but de conserver une alimentation la plus équilibrée possible.

Durant la chimiothérapie, il est recommandé de ne pas se forcer à manger. Il est possible d’essayer une alimentation légère dans les heures qui précèdent la perfusion. En général, le petit déjeuner est le repas le mieux toléré. Plus copieux, il est agrémenté d’un jus de fruits, d’un yaourt, de céréales, d’un laitage ou de fromage. En cas de vomissements importants, le médecin peut prescrire des médicaments antivomitifs. Par ailleurs, le patient doit boire régulièrement (eau, jus de fruits frais, bouillon, etc.).

En cas de corticothérapie, le patient doit faire attention à la teneur en sel et en sucre des aliments qu’il consomme en veillant à :

  • Préparer des plats pas ou très peu salés ; 
  • Ne pas rajouter de sel lors de la consommation du plat ;
  • Éviter les aliments riches en sel : charcuterie, poissons et viandes fumés, bouillons cubes, plats cuisinés industriels, fromages riches en sel, fruits de mer, les gâteaux et oléagineux servis d’ordinaire à l’apéritif, les chips, la sauce soja, le chou de choucroute, les potages en sachet et industriels, le beurre salé, certaines eaux riches en sel, le jus de tomate au sel de céleri ; 
  • Limiter la consommation des produits sucrés : bonbons, confiture, chocolat et barres chocolatées, sirop, boissons sucrées…car la corticothérapie a tendance à stimuler l’appétit et favoriser la prise de poids. Il est alors préférable de fractionner les repas et de prendre des collations pour ne pas augmenter l’apport énergétique total
  • Prendre son traitement en milieu de repas. Les corticoïdes sont de puissants anti-inflammatoires qui peuvent abîmer la muqueuse de l’estomac s’ils sont pris en dehors des repas.