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Le stress de l'aidant

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Interview du professeur Serge Guérin : le stress de l'aidant

08.02.19

Sociologue, docteur en sciences de la communication, professeur à l’Inseec Paris, Serge Guérin est spécialiste de la séniorisation de la société. L’accompagnement des personnes âgées et le stress de l’aidant sont au cœur de sa réflexion.

Le stress de l’aidant n’est-il pas en partie dû à un manque de reconnaissance ?  

C’est en partie vrai. On a tendance à l’oublier alors qu’il joue un rôle majeur dans la société. Les professionnels de santé se sont polarisés à juste titre sur l’efficacité technique du rapport aidant/aidé au seul profit de la personne aidée. L’aspect humain a longtemps été négligé. D’où un stress développé chez les aidants. Aujourd’hui, des associations spécialisées, des structures dédiées leur donnent la parole.

L’aidant parvient-il à se désinhiber pour autant ?

Pas forcément, car le stress de l’aidant est pernicieux. Les raisons sont multiples. J’en vois principalement deux. La première est que l’aidant s’épuise sans même penser pouvoir se plaindre. Son stress est lié à son sacerdoce. Il se dit « parce que c’est ma mère, je dois l’aider. » Leur silence est le signe qu’ils minorent voire occultent purement et simplement leur rôle. Et puis, il y a la perception des autres. Dire à ses collègues qu’on est aidant est vécu comme une honte. Un aveu de faiblesse. Alors on se tait. Et on réalimente la tension.    

Qui est aussi familiale…

Ça peut faire rejaillir de vieilles querelles ou en créer de nouvelles. La hiérarchie affective n’est pas un mythe. Tout part d’un bon sentiment. Paradoxalement, les enfant se déchirent alors que la plupart du temps ils souhaitent tous le bien-être de leurs parents.

Peut-on parler d’un stress addictif de l’aidant ?

Le terme est inapproprié mais disons que quand on a commencé, c’est difficile de s’arrêter. C’est quand on se sent investi qu’il faut prendre du recul. Le cas échéant, passer la main à des professionnels. Il faut éviter l’infantilisation des rapports parents-enfants. Le père doit rester le père.      

Inévitablement, l’aidant pense à la mort. Une raison de plus de stresser.

Sans pour autant l’évoquer. L’aidant sait pourquoi son rôle est éphémère. Il n’en connaît juste pas le terme. C’est d’ailleurs pour ça que plus tard, il ne voudra peut-être pas que ses enfants l’aident comme lui aura aidé ses propres parents. Parce qu’il connaît les pièges d’une société qui vit moins ensemble mais plus longtemps. En cinquante ans, les rapports sociologiques se sont inversés. Ce qui fait du rapport aidant/aidé un enjeu majeur des sociétés occidentales contemporaines.