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La méditation : recette miracle ?

La méditation : recette miracle ?

13.08.19

Le 2ème Plan de Santé au Travail a fixé des obligations claires de réduction des risques psychosociaux. La France étant déjà le premier pays consommateur d’anxiolytiques au monde, rien d’étonnant à voir les entreprises s’agiter pour trouver la recette miracle qui réduira le stress de leurs salariés. Et si la méditation de pleine conscience était la solution ?

Mindfullness : de quoi s’agit-il ?

« Nous passons 46,9 % de notre temps à penser à autre chose que ce que l’on est en train de faire », dixit Benjamin Blasco, cofondateur de l’appli de méditation Petit Bambou qui décline désormais ses services pour les entreprises. Autant de temps perdu à tourner et retourner les mêmes pensées négatives en boucle dans nos cerveaux surchauffés par le stress. L’idée de la méditation de pleine conscience, ou mindfullness, c’est de stopper ce vagabondage stérile et éreintant et de revenir au ressenti ici et maintenant. Plus facile à dire qu’à faire : il ne suffit pas de s’asseoir sur un coussin et de fermer les yeux. C’est un engagement au long terme, un véritable entraînement, si possible encadré par un coach au début. Il faut sans cesse recentrer notre attention qui a vite fait de repartir sur la discussion pénible de la veille ou la réunion délicate du lendemain.

Des bénéfices durables

La première motivation est d’agir sur la souffrance au travail. Et effectivement, l’anxiété diminue pendant que les anticorps augmentent. Mais les effets positifs ne s’arrêtent pas là : on gagne en concentration, efficacité et créativité. Dès 10 min par jour et quelques salariés formés, le climat général de l’entreprise bénéficie même de l’empathie et de la bienveillance générées par la pratique. Dans une société qui glorifie le multitâches et où on pratique le zapping permanent, la pleine conscience réapprend à canaliser son attention, à traiter les sujets un par un. Se fixer sur l’alternance de l’inspiration et de l’expiration permet de mieux accepter les réussites et les échecs, de débrancher le côté droit hypervigilant de notre cerveau préfrontal, qui libère des salves d’hormones de stress à longueur de journée, pour activer le côté gauche qui vient pacifier tout ça.

Dérives possibles

Des salariés heureux et plus productifs ? Une aubaine pour des entreprises peu scrupuleuses qui n’hésiteraient pas à imposer la pratique de la pleine conscience comme outil de management. Le Medef aurait même émis l’idée d’un droit à la méditation pour tous. Seulement voilà, cela ne marche pas comme ça. La méditation ne doit pas devenir un pansement sur les mauvaises habitudes de l’entreprise. Vous n’atteignez pas vos objectifs ? C’est que vous n’avez pas bien médité. Il ne s’agit pas de fixer de nouvelles obligations de rentabilité ni de contrôler le degré de bonheur des salariés. Le Pr Chavel* rappelle cinq critères de bon sens à appliquer pour ne pas dériver : volontariat, anonymat, non-prosélytisme, réversibilité et désintéressement. La méditation ne change pas le monde, seulement notre façon de le voir et d’y agir.

Source(s)

*Les Echos - Faut-il institutionnaliser la méditation en entreprise ?